La droite serait en mesure de diriger 66 à 71 départements. Le FN n’en emporte aucun. Manuel Valls s’est encore accroché hier soir à l’argument de la « division » pour justifier un résultat désastreux, niant les efforts menés depuis une semaine, comme la colère d’une large part de l’électorat populaire de gauche.

Pas de remise en cause de la ligne gouvernementale. Manuel Valls a choisi d’ignorer sur le fond le message des urnes, en mettant l’échec enregistré au second tour des élections départementales sur le compte d’une « gauche trop dispersée, trop divisée au premier tour ». L’exécutif ne porterait aucune responsabilité dans la débâcle, avec 26 à 33 départements perdus pour la gauche hier : « Les premiers signes de reprise économique sont là », s’est contenté de répéter le premier ministre, déroulant le programme – inchangé – de réformes prévues pour le reste du quinquennat. Une ligne qui trace d’emblée les limites et la portée d’un éventuel remaniement gouvernemental, le premier ministre s’attelant d’ailleurs à démentir les rumeurs à ce sujet, estimant vendredi qu’il n’était pas « l’urgence ».

Toute la gauche s’attendait certes à une élection difficile. Mais les premiers résultats encore partiels qui s’égrenaient hier à 21 heures laissait présager d’une vague bleue que la mobilisation d’entre-deux-tours n’est pas parvenue à faire refluer. « Les électrices et les électeurs expriment une nouvelle fois leur rejet de la politique du gouvernement et de son absence de résultats, a estimé hier soir le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent. La responsabilité de François Hollande et de Manuel Valls est grande dans le retour aux affaires de la droite dans une majorité de départements. » Et pour son homologue d’Europe Écologie-les Verts (EELV), Emmanuelle Cosse, c’est un « désaveu des Françaises et des Français pour la politique gouvernementale », la responsable appelant l’exécutif à « emprunter (une) nouvelle voie ». 

Impossible cependant, à partir de ces toutes premières tendances, de dresser un cadre détaillé des nouveaux rapports de forces dans les conseils départementaux. Mais la gauche apparaissait raisonnablement en mesure de conserver, selon l’Ifop, entre 28 et 35 départements sur les 61 qu’elle dirigeait avant les élections, dont plus de la moitié (37) conquis entre 1994 et 2011. Selon de premières indications encore partielles, les communistes semblaient, quant à eux, avoir perdu la direction de l’Allier, mais ils auraient conservé celle du Val-de-Marne.

 

La droite, elle, retrouverait la présidence d’une majorité de départements, avec un total situé entre 66 et 71, récupérant presque d’un seul coup ses positions perdues en plus de vingt ans. « Jamais sous la Ve République, la droite républicaine n’avait gagné autant de départements », s’est félicité hier soir Nicolas Sarkozy, évoquant un « désaveu sans appel » du gouvernement. Le Front national pourrait emporter, quant à lui, une présidence de département, sans aucune confirmation à l’heure où ces lignes étaient écrites, et au moins 24 élus selon un décompte partiel du ministère, contre deux aux cantonales de 2011. Enfin, l’abstention devait concerner entre 49,8 et 51 % des électeurs, moins élevée qu’aux dernières cantonales de 2011 (55,3 %) mais beaucoup plus qu’en 2008 (44,5 %). 

Le second tour confirme les enseignements du premier 

Difficile, dans ces conditions, de nier l’évidence de la dimension de vote sanction de ces départementales à l’encontre d’une politique gouvernementale pour laquelle il n’existe décidément pas de majorité électorale, comme l’ont déjà démontré les municipales, les européennes et les sénatoriales l’an dernier, et le premier tour du 22 mars. 

Surmontant momentanément leurs divergences sur le cap gouvernemental, les formations de gauche n’ont pourtant pas ménagé leurs efforts dans l’entre-deux-tours pour tenter d’empêcher un maximum de cantons et de départements d’être submergés par la vague bleue et brune qui s’est dessinée au premier tour. À de rares exceptions près, la quasi-totalité de la gauche a misé sur la carte du rassemblement en soutenant dans chaque canton le binôme arrivé en tête au premier tour, choisissant même de retirer totalement ses candidats dans 21 cantons, quand le FN menaçait de l’emporter si elle se maintenait en triangulaire. 

Bien qu’en fort recul (-11,44 points par rapport à 2008 et -12,79 points sur 2011), en dépit d’un bon score du Front de gauche et de ses alliés (9,4 % des voix ; 11,9 % dans les seuls cantons où ils se présentaient), la gauche espérait limiter les pertes ou, au moins, contenir la vague bleue en comptant sur un total des voix au premier tour (36,77 %) encore légèrement supérieur à celui des voix de droite (36,6 %), laquelle a subi la forte concurrence des candidats du Front national. 

Un effort qui n’a visiblement pas suffi à mobiliser de nouveaux électeurs, le second tour confirmant les enseignements du premier que le PS s’était évertué à masquer, déjà dans le but d’exonérer le gouvernement de tout questionnement sur la responsabilité de sa politique dans une défaite des forces de gauche. Avec 21,8 % des voix contre respectivement 28,11 % et 26,42 % des voix en 2008 et 2011, le PS et ses alliés, PRG compris, avaient essuyé un très grave recul au premier tour, relégués à la troisième place, derrière l’UMP-UDI arrivée en tête des formations politiques en dépit d’un score médiocre (28,74 %), et le FN (25,24 %) s’arrogeant la deuxième place. Trois départements étaient d’ores et déjà perdus au soir du premier tour (Aisne, Nord et Seine-et-Marne), la gauche ne disposant pas de suffisamment de candidats qualifiés au second tour pour prétendre reconduire une majorité. Une perte décuplée depuis hier soir.